Les Aigles et la Montagne

De Apocalypsis
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Parabole de Mablane, intitulée "Les Aigles et la Montagne", dans laquelle il narre implicitement l'histoire du tantrisme et ses malheurs.


Il était une fois une Montagne merveilleuse.

Là-bas, tout était harmonie. Les oies, les abeilles, les marmottes… Tous les animaux vivaient en symbiose, en équilibre, en complémentarité.

Chacun participait, à sa manière, au bonheur collectif. Les uns bâtissaient, les autres détruisaient, les derniers regardaient. Tous les animaux étaient heureux.

La Nature assurait un avenir joyeux. Rien ne semblait pouvoir troubler la quiétude originelle. Les dames colombes régnaient sur la Montagne en paix.

Les Aigles, eux aussi, étaient satisfaits. Personne n’osait les agresser, Car leur regard perçant et leurs griffes acérées les glaçaient.

Un jour, pourtant, le destin en décida autrement.

La famille aigle eut le malheur de lever la tête. Ce qu’elle vit la terrifia. Des colombes, oui, des colombes, les surpassaient !

Papa aigle était sidéré. Il ne pouvait laisser passer ça. Question de fierté.

Les aigles décidèrent de gravir la montagne pour atteindre le nid des colombes, Qu’ils saccagèrent avec haine et colère, Après avoir chassé, torturé ou même tué les pauvres oiseaux déchus de leur trône.

C’est alors que la Montagne toute entière était oppressée par le joug des Aigles. Toute résistance était devenue impossible à cause de leur surpuissance. Chaque opposant au nouveau régime se voyait mordu et griffé mortellement.

L’ère de la terreur avait commencée.

Mais Papa aigle était toujours mécontent, Car le peuple se rebellait sans cesse. Il voulait asseoir encore mieux son pouvoir.

Il pensa alors, songeur et vindicatif : "Pour obtenir leur adhésion, je dois être considéré comme un dieu." Aussitôt dit, aussitôt fait. Papa aigle voulait gagner.

Il créa donc la philosophie Aiglistique, Qui affirmait que le règne de l’aigle était le meilleur qui puisse être. Ils devinrent alors respectés et soutenus.

Pourtant, Papa aigle demeurait insatisfait, Parce que des penseurs lucides ne se soumettaient pas. Pour y remédier, il adopta une stratégie aussi radicale qu’efficace…

L’horreur envahit la Montagne.

Un jour, Papa aigle demanda à son peuple de se faire recenser, Et de devenir citoyen de l’Empire Aiglistique. Les autres, eux, étaient considérés comme Barbares.

Au nom de l’Aiglisme, Papa aigle tua tous les opposants, Qu’il connaissait désormais grâce à son recensement, Sous le nom évocateur de Barbares méchants.

Cette fois-ci, Papa aigle fit d’une pierre deux coups. En plus d’étendre son empire, dans les contrées les plus éloignées, Il put s’enrichir en pillant les peuples battus.

Le tout, bien sûr, passa fort bien dans la Montagne, Et tous les citoyens respectèrent cette initiative, Qui leur donna, à eux aussi, un peu de cet argent tant chéri…

Mais le monde devint malheureux.

La Montagne était en paix, certes, mais c’était illusoire, Car il était régie par les vices les plus épouvantables, Alors que les vertus avaient toutes disparues.

L’hypocrisie, la jalousie et le mensonge, Régnait désormais en maître sur le monde. Nulle confiance ou amitié venaient éclaircir l’horizon ténébreux.

Peu à peu, les animaux se tuèrent ou se suicidèrent, Parce que les meurtres faisaient alors monnaie courante, Et que les menaces devenaient aussi nombreuses que dangereuses.

Comme l’équilibre n’existait plus et que le mal dominait tout, Il arriva un jour où la vie trépassa. La puissance des Aigles ne les empêcha pas de succomber,

Au sommet d’un empire à l’âme inexistante, Au sommet d’un empire à l’âme inexistante.